Sébastien Louis a découvert La Louvière en 2019, à l'occasion du derby opposant l'URLC à la RAAL. Il y a quelques jours, le Français était de retour dans le Centre. À la fois pour découvrir la nouvelle tanière des Loups, mais aussi pour dévoiler, en primeur, la réédition de son ouvrage : Ultras, les autres protagonistes du football.
Pour cette première présentation publique, Sébastien Louis a choisi la Cité des Loups. Une décision loin d'être anodine. "À La Louvière, ville où l’ombre de l’Italie est omniprésente, cette soirée prend une saveur particulière", dit-il. "Entre histoire ouvrière, immigration italienne et amour du football, cette ville est un terrain fertile pour évoquer ces liens uniques."

Ancien ultra marseillais, derrière la bâche du célèbre Commando Ultra 84, Sébastien Louis est aussi diplômé de l'Université de Perpignan. C'est là qu'il a obtenu, en 2008, un doctorat d'histoire présentant une thèse sur les supporters ultras en Italie. Autant dire qu'il connaît le phénomène sur le bout des doigts, tant il l'a étudié et vécu de l'intérieur, au travers de nombreux voyages en Europe, en Afrique, en Amérique et en Asie. Car oui, le mouvement ultras - né en Italie à la fin des années '60 - est présent partout à travers le monde.
Des stades, Sébastien Louis en a vu des centaines. Autant dire qu'il était curieux de se familiariser avec l'Easi Arena, lui qui a été saisi par le charme du Tivoli à chacune de ses visites.
Son avis quant au nouvel antre est tranché : "J'ai été un peu déçu", dit-il. "Tout y est bien agencé... mais c'est un stade IKEA, où il manque d'âme. Ceci dit, ce n'est pas propre à La Louvière. Le football est devenu un produit commercial. On va au stade parce que c'est the place to be. C'est pourquoi les ultras sont importants. On peut les comparer aux syndicalistes d'un football populaire, aux artistes des tribunes."
L'âme ? Elle est incarnée par les ultras
Il reconnaît aussi que La Louvière a beaucoup de chance. "Salvatore Curaba est intelligent. Le président sait que les ultras jouent un rôle dans le football. Les ultras louviérois bénéficient d'ailleurs d'une belle tribune debout. On ressent que, même s'il peut parfois y avoir des incompréhensions, un lien de respect existe entre le club et les supporters", estime-t-il. "Il est fondamental d'avoir une institution telle que celle-là sur le territoire. La RAAL est la fierté d'une région. L'âme du club, du stade, est finalement incarnée par cette tribune debout et ses ultras."

S'il avait assisté, la veille, au duel opposant Loups et Buffalos (1-1), c'est loin de l'Easi Arena que le professeur d'histoire-géographie et de sociologie à l'École européenne de Luxembourg a exposé ses connaissances du monde des tribunes. Pourtant, avant de trouver refuge dans une salle triviéroise aux côtés des Green Boys et du Wolf Side, c'est bel et bien au cœur du nouveau stade louviérois que l'auteur avait imaginé ce rendez-vous.
Sollicité par la presse internationale
Un lieu qui aurait permis d'offrir une visibilité supplémentaire, d'accueillir un public plus étoffé encore et de mettre en lumière un phénomène trop peu, voire mal connu. On parle tout de même d'un spécialiste dans son domaine, fréquemment courtisé par la presse internationale et sollicité lors de conférences sur le mouvement ultras à travers le monde.
Entre histoires, anecdotes, séances de questions-réponses (sans éluder les sujets tabous, notamment celui de la violence), l'orateur s'est distingué au cours d'une soirée riche, qui a touché initiés et curieux. De quoi se laisser tenter par l'actualisation de son bouquin, initialement sorti en 2017.

"Cette nouvelle édition de mon livre explore les évolutions récentes du mouvement, entre passion et défis contemporains : l’impact de la pandémie, la répression accrue, les épisodes de violence, mais aussi la résilience et l’adaptation des ultras. Un mouvement qui, près de soixante ans plus tard, continue d’inspirer et de questionner la société italienne et la jeunesse occidentale", conclut-il.
- Illustration : RAAL La Louvière

