Moi, arbitre : vendu, seul contre tous et ennemi public numéro un

Aujourd'hui, on met l'arbitrage au coeur du débat.

"Je ne parle jamais de l’arbitrage mais, cette fois, tu peux l’écrire : il nous a coûté le match." Cette phrase revient toutes les semaines, dans la plupart des interviews d'après-match.

Dans les séries provinciales, après chaque journée, les coachs traînent leur spleen arbitral. Tantôt, le referee aurait oublié de siffler un penalty. Tantôt, il aurait dégainé un carton trop vite. Tantôt encore, il serait directement responsable de la victoire ou de la défaite (biffez la mention utile) d’une équipe.

Une pluie de critiques

Chaque week-end, l’homme en noir (mais aussi en jaune, en violet, en orange ou en vert, de préférence fluo) joue seul contre tous. En dehors de la P1, il n’a pas de juge de ligne. Il est, de facto, l’ennemi public numéro un. Celui qui récolte le plus de critiques, rarement positives.

Il doit se débrouiller seul, au milieu du terrain, pour siffler le match, contenir les deux équipes, calmer les coachs et gérer les abords. Pour le même prix, on pourrait presque lui demander de servir des pintes à la buvette.

Dans une telle atmosphère, l'arbitre prend-il encore du plaisir ? © Pixabay

En sillonnant les terrains du Centre ces dernières semaines (notamment en P2B, une série riche en formations régionales et en derbies), j’ai été frappé par la violence du traitement réservé aux arbitres.

Chacune de leurs décisions, bonnes ou mauvaises (oui, il y a des erreurs : ce sont des humains comme les autres), est contestée. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la bronca ne vient pas seulement du public.

Sur la touche, le banc râle, proteste, gronde. L’entraîneur y va de sa remarque, les adjoints et délégués en rajoutent une couche. Parce que bon, "sur cette phase-là, même un aveugle le voit !"

Chaque décision est contestée

Le pire, ce sont les joueurs eux-mêmes. Sans doute trop talentueux (ils jouent en deuxième ou troisième provinciale) pour admettre une quelconque erreur ou envisager la moindre remise en question, ils contestent chaque coup de sifflet.

On connaît le jeu de la pression, surtout en Provinciale. Mais quand un ballon sort d’un bon trente centimètres et qu’on hurle sur l’arbitre qu’il est "scandaleux" et "le pire jamais vu jusqu’ici", on n’est plus dans l’influence : on est dans la mauvaise foi pure.

Un exemple ? Lors d’un derby récemment disputé à Trivières, j’ai eu de la peine pour cet arbitre, dont je préfère taire le nom. Il n’a sans doute pas livré sa meilleure prestation : une exclusion trop rapide, un penalty oublié, une compensation maladroite, etc. Bref, un jour sans, comme il en existe parfois.

Pour autant, est-ce une raison de s’en prendre à lui au coup de sifflet final ? Un visage bien connu du club local s’est permis de lui demander, avec la délicatesse que vous imaginez, combien il avait été payé, s’il était venu se faire de l’argent chez eux, avant de conclure par un sinistre : "La prochaine fois, je te fais un virement de cinquante euros." L’information est véridique. Et elle pique. Il n’y avait aucune once de second degré dans ces propos.

Ces arbitres, rémunérés au lance-pierre en frais de déplacement, ne méritent pas ça. Ils ne sont pas là pour se faire insulter, ni pour se retrancher à la hâte dans leur vestiaire après un match, de peur d’être agressés. Ils sont, pour rappel, ceux qui font vivre le jeu.

Détruire un arbitre, même verbalement, n’a rien de légitime. Parce qu’il est, lui aussi, un acteur du jeu. En réalité, il en est même le maître. Un bref rappel des règles s'impose : sans maître du jeu, il n’y a pas de jeu.


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