Les supporters louviérois ont du mérite. Le retour de leur club fétiche au niveau professionnel est leur plus belle récompense, eux qui ont soutenu La Louvière contre vents et marées, en vert et contre tout.
Les fidèles qui ont célébré la montée en Challenger Pro League sont, pour une large majorité, les mêmes qui ont sabré le champagne lors de la finale de la Coupe de Belgique en 2003. Ce sont également ceux-là qui ont nagé en plein bonheur, lorsqu’à l’issue du championnat 1993-1994, leurs protégés décrochaient le sacre en D3 et s’ouvraient les portes de l’antichambre. Ce sont ceux-là encore qui, le 29 avril 2018, fêtaient le premier titre de champion en D3 ACFF de la RAAL 2.0.
"Quand le matricule 93 a disparu, j’ai perdu un être cher. J’en ai été très attristé. Ça a bouleversé ma vie"
Si ces dernières années ont apporté énormément de bonheur aux fans des Loups, ils n’oublient pas d’où ils viennent, ni ce qu’ils ont traversé comme épreuve : de la culbute de D1 en D3 à la radiation du matricule historique.
David Bastien est l’un d’entre eux. Avec la RAAL, il a tout vécu : il a exulté dans les moments d’allégresse, il a pleuré dans les instants douloureux.
"C’est bien simple, la RAAL représente une partie de ma vie. Mes parents m’emmenaient au stade en poussette", confie ce passionné, également connu pour être le créateur du groupe Facebook des supporters de la meute, totalisant plus de 7 500 membres. "Quand le matricule 93 a disparu, j’ai perdu un être cher. J’en ai été profondément attristé. Ça a bouleversé ma vie."
Le 27 juin 2009, la Royale Association Athlétique Louviéroise est radiée, stricto sensu, de la carte du football belge. "Je craignais que la RAAL tombe aux oubliettes. Au contraire, cette disparition a renforcé le soutien à nos couleurs", reprend David.
"Les supporters sont restés fidèles à ce club. Il était impossible de l’oublier. D’ailleurs, lorsque La Louvière Centre est devenue l’unique entité footballistique de la ville, beaucoup des Loups l’ont suivie. Néanmoins, je n’ai jamais su porter ce nom sur moi. J’ai toujours arboré fièrement, à l’instar d’autres fans, mon écharpe de la RAAL. Nous vivons dans une région passionnée par ces quatre lettres, bercée par cette ambiance si particulière que transmet le Tivoli."

Inconsciemment, le citoyen de Binche a toujours su que La Louvière renaîtrait de ses cendres.
"Ce rêve est devenu réalité", sourit-il. "Je suis impressionné par ce que le club accomplit au quotidien. Son mode de fonctionnement, inédit en Belgique, devient une référence dans le paysage sportif national. Ce modèle de transparence est hélas jalousé par les petits esprits. Ceux-là disaient, quelques années en arrière, que le projet porté par Salvatore Curaba et Toni Turi était du vent. Ce n’était pas du vent… mais une tornade, qui a tout secoué positivement sur son passage."
En centre-ville, l’illustre Théo Cabo arbore fièrement les couleurs de son club de cœur. Sa casquette paie le poids des années, tout comme son écharpe verte et blanche tricotée. Pour lui, la RAAL est une histoire de famille, d'amitié, d'anecdotes. "Mon plus grand bonheur, c'est de revoir les Loups parmi le monde professionnel de mon vivant. Maintenant, je veux découvrir le nouveau stade... et regoûter la D1."
De nouveaux supporters
Bien que l’on fasse régulièrement référence aux adeptes de la première heure, il existe de nouveaux fans qui se sont épris pour la meute dans un passé récent.
C’est le cas de Marc De Vliegher qui s’est intéressé au cuir vert et blanc à la création de la nouvelle RAAL, il y a sept ans à peine. "Entre les années ’80 et ’90, j’ai surtout suivi Anderlecht", confesse le néo-Loup. "Par après, j’ai délaissé le ballon rond pour m’occuper de mes enfants, dont ma fille qui faisait de la natation de compétition."
"J’y ai cru, dès le lancement du projet, sans perdre de vue que le football n’est pas une science exacte"
C’est via son fiston, proche de l’entourage du président, que Marc s’est familiarisé avec le nom de Salvatore Curaba. "Qu’un tel personnage décide de lancer un club, de A à Z, c’est un gage de qualité. J’y ai cru, dès le lancement du projet, sans perdre de vue que le football n’est pas une science exacte. Aujourd’hui, La Louvière rythme mon quotidien. C’est devenu une passion."
Abonné depuis 2018, il n'a jamais rien lâché. "Et ce n’est pas près d’arriver", insiste-t-il. "L’image véhiculée par le club tranche avec celle qui était la sienne par le passé. Même si la RAAL a remporté la Coupe de Belgique à une autre époque, il résidait une connotation négative autour de La Louvière, de Filippo Gaone. Tout cela est désormais bien loin."
Parmi les fans les plus assidus, difficile de ne pas citer les deux groupes ultras, les Green Boys et le Wolf Side. Leur ferveur n’a jamais cessé malgré la faillite du club initial, en dépit des projets foireux du FCLL, puis de l'URLC.
Au contraire, ils ont réaffirmé et clamé leur amour pour les quatre lettres magiques à travers tous les stades du pays, dans des conditions parfois dantesques, devant des spectateurs médusés face à ce contingent massif et bruyant. Certes, il y a eu des hauts et des bas. Cela n’empêche que le dévouement pour leur groupe et leur club reste incomparable.
En 2025, les Green Boys fêteront justement leur vingtième anniversaire. Un cap qu’ils franchiront, avec leur équipe favorite, en Pro League.
"Depuis la création du groupe, nous n’avons connu que des déceptions", résumait un des membres, peu de temps avant la résurrection de la RAAL. "Nous aussi, nous avons envie de vibrer, de connaître les joies d’un titre, de vivre le bonheur d’une montée." Moins d’une décennie après ces déclarations empreintes de dépit, les vœux sont exaucés.
Et le meilleur reste à venir.
- Illustration : RAAL La Louvière
