À la renaissance de la RAAL, il manquait une figure de proue pour offrir une dimension (inter)nationale au projet. En s’offrant les services de Nicolás Frutos, les Centraux ont frappé un grand coup.
Avec l’inauguration du Club House de la Wolves Academy en 2022, les personnalités défilent à Strépy-Bracquegnies. Pour certains, à l’instar du sélectionneur Roberto Martinez, il s’agit d’une simple visite de courtoisie. Pour d’autres, il est question d’affaires.
En début d’année dernière, des figures bien connues du football belge se succèdent, à la fois pour visiter les modernes infrastructures du complexe Saint-Julien, mais aussi pour s’entretenir, durant de longues réunions, avec la direction sportive des Loups.
Au fil des semaines, le visage de Nicolás Frutos revient avec insistance dans l’entité louviéroise. L’ex-attaquant d’Anderlecht assiste même à plusieurs rencontres de la meute.
L’histoire se précise dans le courant du mois d’avril : l’Argentin est intronisé, devant la presse régionale et nationale, en tant que directeur technique des Verts. L’expérience du natif de Sante Fe doit permettre à La Louvière de franchir un palier dans sa quête de professionnalisme.
Pour beaucoup, cette nomination en douceur annonce le remplacement imminent de Frédéric Taquin au poste d’entraîneur principal. Ce que l’intéressé réfute. "Les choses sont claires. Je ne suis pas là pour prendre sa place", martèle l’ancien mentor des Mauves. "Frédéric est le coach. Il a le niveau. Moi, je ne suis plus entraîneur."
Avec douceur et fermeté
Dans la peau du directeur technique, Frutos distille sa science tant au niveau des équipes seniors, masculines et féminines, que de l’école des jeunes. En outre, son passé au plus haut niveau lui permet d’avoir une vision précise de ce qu’il entend réaliser dans le Centre. Il a l’aura, l’élégance et la finesse de dire les choses telles qu’elles sont, avec douceur et fermeté. Une capacité qui a, parfois, fait défaut dans la sphère dirigeante.
Toujours est-il que le maître à penser des Louviérois est sur la même longueur d’onde que ses comparses. Si l’on connaît l’aversion de Salvatore Curaba pour la presse, Nicolás Frutos s’inscrit dans la même lignée. "Si tu ouvres trop la porte aux journalistes, ils finissent par dormir dans ton lit", prévient-il. D’ailleurs, depuis son arrivée, le ton auprès des médias a changé. Chaque détail est scruté. Chaque mot est pesé.
À l’aube du championnat 2023-2024, le quarantenaire a tanné le staff et les joueurs pour bannir le terme "champion" du vocabulaire. "Les adversaires sont attentifs à ces détails. Ce sont des provocations parfois involontaires, mais toujours inutiles", dit-il. Encore plus quand on sait que, depuis son retour sept ans plus tôt, la RAAL La Louvière est l’équipe à abattre chaque année.
Personnalité médiatique
Cela n’empêche pas Nicolás Frutos d’être une personnalité médiatique. À côté de son activité au cœur du matricule 94, l’homme à la queue de cheval est aussi consultant sportif pour la RTBF. C’est sans doute cette approche indirecte avec la sphère journalistique qui lui permet d’être à la fois méfiant et bon client.
À son arrivée dans la Cité des Loups, cette notoriété publique a effrayé. Du moins, dans un premier temps. "Il est normal que des gens aient des a priori quand ils me voient débarquer en troisième division", relate-t-il au groupe Rossel. "Après un entretien de plus de deux heures, un coordinateur m’a rassuré en me disant : je pensais que la RAAL avait recruté un nom et s’était offert une bonne publicité… mais je me suis trompé."

En vérité, Frutos est une personnalité qui convient à la région. Forte de son identité méditerranéenne, La Louvière se reconnaît dans ce passionné, rigoureux, acharné de travail, qui ne compte pas ses heures.
L’ambiance hennuyère, chaleureuse et familiale, a séduit le citoyen brabançon. "À La Louvière, j’ai retrouvé un peu d’Argentine. Il y a une vraie ferveur", a-t-il admis dans la presse, quelques mois après sa prise de fonction. "Partout, même quand je vais à la boulangerie, j’entends qu’on parle du club, qu’on débat des derniers résultats."
"Nous vivons de manière extrêmement professionnelle avec la possibilité d’évoluer encore"
La clé de cette réussite, en plus de l’humanisme qui caractérise le personnage, c’est cette approche moderne du ballon rond, qui se calque sur celle insufflée par la RAAL dès 2017, à coups d’analyses, de chiffres, de datas et autres traitements de données.
En attirant ce friand de maté dans leur tanière, les Loups ont eu le nez fin. À l’inverse, Nicolás Frutos a décelé les nombreuses perspectives qu’incarne la RAAL : de l’évolution de l’école des jeunes dans une infrastructure neuve au retour de La Louvière en Pro League, du développement du football féminin à l’érection d’un nouveau stade.
"Le plus haut niveau, nous l’avons ici à La Louvière. Nous vivons de manière extrêmement professionnelle avec la possibilité d’évoluer encore", résume l’Argentin.
Dans cette quête du Graal, rien ne semble inquiéter le patron sportif des Vert et Blanc. Puisque, comme il se plaît à le rappeler avec le plus grand sérieux, "Maradona veille sur nous."
- Illustration : Trevor Pritchard & Renaud Deltenre
