À la veille d’un match décisif, l’Italie et la région du Centre retiennent leur souffle : « Les démons du passé trottent encore dans les têtes »

Après s’être qualifiée contre l’Irlande du Nord jeudi soir (2-0), l’Italie joue sa place au Mondial 2026 face à la Bosnie-Herzégovine. Mardi, les troupes de Gennaro Gattuso seront en mission. Objectif ? Mettre fin à douze années d’absence en Coupe du Monde.

La région du Centre, qui recense une large communauté italienne, retient son souffle. La Squadra Azzurra, qui a fait l’impasse sur la Russie en 2018 et le Qatar en 2022, peut-elle à nouveau manquer un rendez-vous international ?

À quelques heures d’une rencontre qui s’annonce déjà historique pour le football transalpin, Centre Sports s’est immergé dans l’enjeu de cette soirée en Bosnie, en compagnie de Stelvio Addonizio, citoyen manageois expert en Calcio.

Stelvio, que représente la Nazionale à tes yeux ?

Je suis un fidèle du Milan AC, mais la Nazionale est au-dessus de tout. À mes yeux, il n’y a rien de plus beau que de représenter la Squadra Azzurra. L’Italie m’a procuré beaucoup d’émotions : des moments de joie intense lors des victoires au Mondial ou à l’Euro, mais aussi des instants de tristesse et de déception. Il y a aussi ce frisson, cette ferveur lorsque retentit l’hymne national, que j’entonne toujours avec fierté. Endosser le maillot azzurro, c’est faire fi des rivalités de club et se battre pour sa nation. C’est ce qu’il y a de plus beau en football.

Stelvio, toujours fidèle à la Squadra Azzurra. © D.R.

Quel est le joueur qui symbolise ta passion pour la Squadra ?

Roberto Baggio, sans hésiter. Un joueur élégant, l’essence du football, apprécié tant dans les stades d’Italie qu’à travers le monde. Je me souviens de cette fameuse Coupe du Monde 1994, où il porte les Azzurri en finale. Même si l’issue est cruelle, avec son penalty manqué face au Brésil, il m’a procuré beaucoup de bonheur. Qui aime le football italien apprécie Baggio.

Retour en 2026 : qu’as-tu pensé de la victoire face à l’Irlande du Nord ?

Il y a du travail. Néanmoins, ce succès est peut-être moins anodin qu’il n’y paraît. Il a sans doute libéré psychologiquement un groupe qui, par moments en première mi-temps, donnait l’impression d’avoir peur. On l’a vu en deuxième période : dès que l’équipe s’est lâchée, elle a pu accélérer le jeu et faire la différence.

Quelles sont les forces et les faiblesses de cette Squadra Azzurra ?

La colonne vertébrale, incarnée par des joueurs comme Donnarumma, Calafiori, Tonali et Kean, est fiable. Il faut construire autour de cette base. Clin d’œil à Michel Matton : Tonali s’est métamorphosé depuis son passage à Newcastle. Il est devenu la pièce maîtresse de cette équipe. Enfin, l’Italie semble avoir trouvé un buteur complet, à la fois puissant et technique, en la personne de Kean. Beaucoup le sous-estiment encore, mais son sens du sacrifice et sa vista sont au-dessus du lot.

Toutefois, il y a encore des failles, des limites. La construction du jeu est parfois lente et peu inspirée. Ça manque d’idées. Les démons du passé, qu’il s’agisse de la Suède ou de la Macédoine du Nord, trottent encore dans les têtes. Qu’on le veuille ou non, il y a une forte pression autour de la Squadra Azzurra, ce qui peut bloquer l’équipe.

Pour aller au Mondial, l’Italie doit vaincre la Bosnie. Est-ce un bon tirage ?

Il faut respecter la Bosnie, mais ne pas en avoir peur. Si tu crains la Bosnie, tu n’as rien à faire en Coupe du Monde. Le tirage aurait pu être bien pire, avec la Turquie, la Suède ou encore la Pologne. Il y a quelques vieilles connaissances italiennes, comme Edin Džeko (ex-Roma, Inter Milan et Fiorentina) ou Tarik Muharemović (Sassuolo). Gardons aussi à l’œil Ermedin Demirović et le talentueux Kerim Alajbegović.

Comment vois-tu ce déplacement en Bosnie-Herzégovine ?

Ça reste une finale de barrage, et donc un match très compliqué. La partie se joue dans le stade de Zenica. Une enceinte petite… mais bouillante, toujours prête à s’embraser (ndlr : pour le match de mardi, l’UEFA a toutefois réduit la capacité du stade de 15 000 à 9 000 places en raison d’incidents survenus face à la Roumanie). Ce n’est pas un cadeau, mais il faut passer au-dessus. J'ai confiance en Gattuso.

Un troisième Mondial consécutif sans l’Italie serait-il une catastrophe ?

Ce serait un désastre. Cela dit, même en cas de qualification, je suis favorable à une réforme du football italien. Car si la Nazionale a manqué deux Coupes du Monde, c’est à cause de sa politique sportive. Les joueurs italiens de qualité se font rares en Serie A. À titre d’exemple, aucun joueur du Milan AC ne figure dans la liste actuelle. Par le passé, cela aurait été inconcevable. En tant que supporter, une qualification pour le Mondial aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada ferait le plus grand bien. C’est difficile de voir l’Italie raillée. C’est une grande nation du football qui, de par son palmarès, mérite le plus grand respect.


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