Schizophrénie identitaire à l’URLC : « Entre Loups égarés et dirigeants parisiens déconnectés de la réalité »

Au printemps dernier, le matricule 213 a retrouvé le stade Raymond Dienne. Une décision officiellement prise par les autorités communales, bien aidées par une pétition lancée sur les réseaux sociaux par URSC213.

En plus d’une page Facebook, URSC213 se décline désormais en un site Internet, faisant la part belle à l’URS Centre et aux Pierrots. Un simple élan de nostalgie ? Pas vraiment. Pour Guillaume, supporter unioniste à l’origine de ce projet, cela va bien au-delà. C’est même une action citoyenne, voire carrément un acte militant. Entretien.

Guillaume, un supporter à la fois passionné et engagé. © D.R.

Guillaume, que pouvez-vous nous dire de vous ?

Je m’appelle Guillaume Wimlot, j’ai 27 ans. Pour moi, l’Union du Centre est une histoire de famille. Mon grand-père y a été secrétaire pendant dix ans. Mon papa y a joué durant toute sa jeunesse, avant d’y évoluer en équipe première. À partir de là, mon amour pour le rouge et bleu est devenu une évidence. Je les ai accompagnés très tôt au stade, avant d’endosser à mon tour le maillot unioniste chez les jeunes. Ces couleurs représentent bien plus qu’une passion.

Vous avez lancé le projet URSC213 cet été : de quoi s’agit-il ?

URSC213, c’est la voix des Pierrots. Cette page a été créée pour fédérer celles et ceux qui sont révoltés par la situation actuelle du matricule 213 et leur permettre de se faire entendre. L’objectif est clair : créer l’élan nécessaire pour reconquérir notre identité et nos couleurs, tout en préservant la mémoire collective. On peut assimiler cela à une sorte de "syndicat" des Pierrots.

Vous êtes à l’origine de la pétition qui a permis au matricule 213 de reprendre ses quartiers à Haine-Saint-Pierre. Que représente Dienne à vos yeux ?

Le stade Raymond Dienne, c’est le fief historique des Rouge et Bleu. Un site qui porte fièrement le nom d’une légende du club et de la localité. C’est le seul lieu légitime où puissent évoluer les Pierrots. Il offre, en plus, une vue imprenable sur la région du Centre et la ligne de chemin de fer qui borde le stade. Dienne dégage cette atmosphère unique de football à l’ancienne, de plus en plus rare aujourd’hui. Dienne, c’est aussi le cœur même de l’identité pierrot. C’était la grande revendication de cette pétition. Le matricule 213 y est de retour. C’est une première étape.

Cela étant, Raymond Dienne sans l’URS Centre, ça n’a pas de sens…

Dans le football, plus que partout ailleurs, l’identité et l’âme sont primordiales. Un club sans âme, c’est un club mort. Ceux qui ne le comprennent pas n’ont rien saisi à l’esprit fondamental du ballon rond. Voir le matricule 213 évoluer sous le nom de La Louvière Centre en vert et blanc d’abord, en turquoise maintenant, avec un logo arborant un Loup énorme, reste une énigme totale.

Précisons-le, encore aujourd'hui, une infime minorité reste attachée aux couleurs vertes et blanches.

Ce club est celui des Pierrots, en rouge et bleu. Ce sont eux qui ont forgé son histoire. Il ne doit rien à ceux qui n’ont pas adhéré au projet de la nouvelle RAAL initié en 2017. Je me souviens d’ailleurs des jolis derbies face au matricule 93. Ce sont ces matchs qui font que nous aimons ce sport. Il y a largement la place, à La Louvière, pour plusieurs clubs. Chaque localité de la ville possède une identité propre. Le retour à l’appellation initiale et à la tunique rouge et bleue s’impose : ce sont des évidences totales. Ne serait-ce que pour le bien du football régional.

Il y a peu, l’URLC s’est affiché avec une nouvelle tenue, faisant de discrètes références à l’historique Union du Centre. Comment percevez-vous cette initiative, venue non pas du club lui-même, mais de… deux supporters ?

C’est une demi-mesure qui, au final, ne satisfait personne. Comme d’habitude, ce ne sont pas nos couleurs. C’est un changement minime, puisque ni le blason du club, ni son appellation n’ont changé. Je salue néanmoins ceux qui, dans l’ombre, font ce qu’ils peuvent pour préserver notre identité. Néanmoins, je crains que leurs efforts ne soient vains sans une prise de conscience réelle de la part des décideurs du club. À ce propos, le fait que cette initiative ne provienne pas de la direction, ni qu’elle n’ait été financée par celle-ci, en dit long sur la volonté réelle de changement.

Du vert au turquoise, en passant par le bleu, le blanc et le rouge. © La Louvière Centre

Avec votre regard de graphiste, décelez-vous une cohérence quant à l’identité actuelle du club ?

Entre des Loups égarés qui semblent avoir trouvé refuge dans un club qui n’est pas le leur et des dirigeants parisiens déconnectés des réalités locales et de l’histoire du football communal, rien ne va. Je ne décèle aucune cohérence dans l'identité actuelle. C’est triste d’en arriver là après toutes les riches histoires qui sont arrivées à ce matricule. Le voir mourir de la sorte est dramatique. Notre commune est réputée pour son surréalisme. Ici, il n’est hélas pas question d’art : une succession de décisions désastreuses a transformé le matricule 213 en une énigme absurde.

D’après vous, la direction a-t-elle compris l’enjeu d’une résurrection de l’URS Centre ?

Pas du tout. La preuve : c’est la Ville de La Louvière qui a forcé la main au club pour quitter le Tivoli et retrouver le stade Raymond Dienne. Ce ne sont même pas les dirigeants qui ont financé les nouveaux équipements. Je pense que cela répond à la question.

La direction, justement : pourquoi préfère-t-elle se complaire dans cette fausse voie, qui sépare plus qu’elle ne fédère ?

J’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi ces dirigeants sont autant attachés au vert et blanc, eux qui ne sont même pas originaires du Centre. La direction fait preuve d’un déni de réalité dû à sa méconnaissance totale de l’histoire locale. Par ailleurs, il existe un drôle de paradoxe : un club en difficulté financière ferait normalement tout pour attirer du monde au stade, notamment en renouant avec ses origines historiques. C’est même une évidence commerciale. Si les dirigeants ne le font pas, on peut légitimement se demander pourquoi ils préfèrent se complaire devant une affluence digne de la quatrième provinciale ? Je pense avoir ma réponse, que je préfère garder pour moi.

Sportivement, La Louvière Centre tient tout de même la route cette saison…

En dépit de ce joli début de championnat en D3 ACFF, je ne vois aucune raison de trouver l’avenir du matricule 213 réjouissant. Dans ce club où l’opacité est érigée au rang de dogme, il n’y a aucune perspective, ni à court, ni à moyen terme. Je n’ai plus le moindre espoir de voir les choses changer. Comment en pourrait-il être autrement quand on connaît la dette pharaonique du club ?

Même si vous semblez résigné, on le ressent dans vos propos : les Pierrots vivent toujours, peut-être encore plus qu’avant.

Pour terminer sur une note positive, on le ressent de plus en plus : l’esprit des Pierrots est loin d’être mort. On l’a vu avec la pétition et la page URSC213 : des centaines de personnes ont manifesté leur soutien au cours des derniers mois. L’âme rouge et bleue ne s’éteindra jamais. La mobilisation locale, incarnée par la nouvelle société des Paysans des Deux Haines et son nombre impressionnant de membres, en est la preuve la plus éclatante. Face à ce constat, une question s’impose : la meilleure solution n’est-elle pas de repartir d’une page blanche, en bas de l’échelle, pour reconstruire des bases saines et authentiques avec de véritables Pierrots et un ancrage local ? Poser la question, c’est y répondre. Allez les Pierrots ! Allez les Rouge et Bleu !


2 commentaires sur “Schizophrénie identitaire à l’URLC : « Entre Loups égarés et dirigeants parisiens déconnectés de la réalité »

  1. Repartir d’une page blanche signifie aussi la disparition du matricule 213. Personnellement, c’est à ça que je tiens le plus. La couleur des maillots ? Suffit de regarder les matches à la TV, la grande majorité des équipes ne joue plus sous ses couleurs. Autre chose : critiquer sur les réseaux sociaux tout le monde sait le faire, agir c’est mieux. Pourquoi ne pas demander aux centaines de gens qui ont signé la pétition de venir en masse au match dimanche (ou un autre match) habillés en rouge et bleu (écharpes, vareuses, drapeaux, …) pour manifester calmement et montrer leur détermination??? Faites-le vain dieu, organisez-moi ça, si c’est un tant soi peu imposant je suis certain que ça fera réfléchir parce que, ne vous faites pas d’illusions, vu de l’intérieur vous n’êtes que quelques emmerdeurs qui ne pensent qu’à les foutre à la porte du club.

  2. Merci à Guillaume Wimlot pour ce beau témoignage. L’URS Centre est un club avec une âme, une identité, qui a toute sa place aujourd’hui dans un monde du football qui doit se réinventer. Ce n’est pas le cas de l’URLC, une union contre-nature qui a signé, dès sa naissance la fin d’une époque, la mort d’un club, la dissolution d’une communauté qui se retrouvait chaque week-end sur l’air des petits pierrots.
    Aujourd’hui, qu’est-ce que l’URLC? Une hydre à deux têtes fatiguée qui n’attire que quelques errants qui ne savent distinguer le cri du loup du chant de l’oiseau. Quelques nostalgiques qui n’ont su s’indigner lorsque l’appât du gain leur a pris leur club. Quelques déconnectés qui n’entendent pas la clameur de ceux qui veulent porte le rouge et le bleu et redynamiser une région qui en a bien besoin. Haine-Saint-Pierre, ce n’est pas La Louvière.
    Revivent les pierrots, et prospèrent les emmerdeurs, qui sont les seuls qui comprennent qu’une sauce qui n’a jamais pris pourrit un peu plus chaque jour.

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