Parmentier : « Il y a aussi de la drogue dans le foot »

Le foot amateur, ce n'est pas le monde des bisounours.

Préparateur physique réputé et fondateur d'Ulteam, le Centre Sport Santé installé à Binche, Pierre Parmentier est le parfait interlocuteur lorsqu’il s’agit d’évoquer le sport et la santé.

Pour parler du ballon rond et de son côté sombre, le Binchois est le parfait interlocuteur. Il se confie, en toute transparence, sans langue de bois.

Alcools, cigarettes, drogues : s’agit-il d’une réalité dans le football amateur ?

Si je m’en réfère à mes précédentes expériences en tant que préparateur physique, je confirme que ces dérives existent. J’ai déjà vu ou entendu des choses surprenantes. Je ne dis pas que ça se passe directement dans les vestiaires mais il arrive, plus souvent qu’on ne le pense, que des footballeurs prennent de la cocaïne ou fument des joints dans leur vie privée.

Quel regard portez-vous sur ces consommations illicites ?

Avant de penser à l’aspect sportif, je m’inquiète surtout de l’état de santé de la personne. Sur le long terme, la consommation de ces substances présente un risque. J’apprécie, comme tout le monde, boire un verre. Je suis, moi aussi, un adepte de la troisième mi-temps. Par contre, quand je croise des footballeurs complètement défoncés avant un match ou un entraînement, ça me met hors de moi.

Un simple discours ne suffit pas toujours à limiter ces pratiques…

J’ai parfois l’impression que le préparateur physique n’est pas considéré, ni pris au sérieux. À titre d'exemple, partout où je passe, je prodigue des conseils alimentaires aux sportifs. Quelques-uns les écoutent, la plupart s’en fiche. Le plus frustrant, c’est de constater que les entraîneurs ne les appliquent pas eux-mêmes.

Les substances stimulantes ont-elles encore la cote ?

Le Red Bull reste bien présent dans les vestiaires, même s’il est inadapté puisqu’il a le don de déshydrater. Par le passé, j’ai également vu des joueurs prendre des cachets de Guronsan. Dans les divisions nationales, à en croire certains, ce produit est assez démocratisé.

Peut-on comparer ce comprimé à une potion magique ?

Je ne crois pas à la recette miracle. Quand certains de mes sportifs en ont pris, ils n’ont pas été meilleurs. Ils ont même été bien en-dessous de leur niveau habituel.

La santé doit-elle primer sur les résultats sportifs ?

La question ne se pose même pas. À partir du moment où la santé d’un sportif, et d’un être humain par extension, est compromise, cela signifie qu’on se trompe de route. Je suis furieux lorsqu’un footballeur demande à jouer sous infiltration pour un simple match de D2 ou D3. Je bondis lorsque j’apprends qu’avant un duel important, un joueur a mangé n’importe quoi la veille ou le jour du match. À l’inverse, je suis tout autant stupéfait lorsque des garçons jeûnent toute une journée pour réussir le test de la pesée.

Quel message aimeriez-vous transmettre aux footballeurs ?

Au-delà de la région du Centre, les sportifs et leurs mentors ne sont pas sensibilisés à l’importance d’une bonne hygiène de vie. Les coachs veulent que leurs joueurs performent mais ils oublient la base : la santé. Un joueur en méforme, c’est un sportif inefficace. Certains parviennent toutefois à exceller en fumant ou en se nourrissant uniquement dans les fast-foods. Pour eux, les répercussions ne sont heureusement pas perceptibles dans l’immédiat. Mais ne nous voilons pas la face : les complications se présenteront dans le futur.


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