La Louvière s'apprête à défier Anderlecht dans un stade comble.
Dans le Centre, selon qu'on soit fan de football (ou pas) ou supporter de la RAAL (ou pas), on a tous marqué d'une croix la date du 31 octobre 2023.
Comme il y a deux ans, les Louviérois affrontent le RSC Anderlecht en seizième de finale de la Croky Cup. Comme il y a deux ans, c'est dans un Tivoli noir de monde que la partie va se dérouler.
À l'ouverture de la billetterie, les places se sont arrachées. Si bien qu'en moins de deux heures, le stock de tickets en ligne était quasiment écoulé. Une nouvelle réjouissante pour les uns, frustrante pour les autres.
Soutenir l'équipe toute l'année
"Malheureusement, les supporters d'un soir seront bel et bien de sortie", peut-on lire sur les réseaux sociaux du club vert et blanc. "Combien d'entre eux seront présents samedi, en championnat ? Il faut soutenir l'équipe toute l'année, pas sur un seul match", commente - à juste titre - Damien, supporter des Vert et Blanc.
On ne peut donner tort aux fidèles de la première heure. Si les Loups parviennent aisément à garnir leur tanière pour des duels au sommet, l'affluence moyenne - bien que satisfaisante pour la division - est maigre le reste de la saison.
Depuis toujours, notre région se vante d'être une terre de football. Cependant, cela peine à se confirmer en dehors des gros matchs.
Cette année, on compte un peu moins de 350 abonnés à la RAAL La Louvière. Les saisons précédentes, les fans justifiaient le manque d'engouement tantôt par la renommée des adversaires, tantôt par la division dans laquelle évoluait la meute.
Des sièges vides la plupart du temps
Pourtant, le constat est amer : si ce n'est un match du titre contre Tubize, un derby explosif face aux Francs Borains ou un affrontement de prestige contre Anderlecht, les sièges restent vides.
On pourrait jeter la pierre au club... mais ce serait oublier que, chaque année, des actions sont menées pour attirer un public nouveau, plus nombreux. Sans parler du prix attractif des abonnements, des actions menées auprès des écuries voisines, des initiatives proposées aux établissements scolaires et institutions de la région.
Pour quels résultats ? "Le club aurait dû profiter de l'engouement du match contre le RSCA et imaginer un pack regroupant des rencontres de championnat en plus de celle de coupe", remarque Jonathan, un autre fan, sur le groupe Facebook des Old Brothers.
Force est de constater que ces pistes ont été proposées par la direction louviéroise, deux ans plus tôt, sans créer le moindre émoi.
Certes, la RAAL s'appuie aujourd'hui sur une billetterie en ligne vieillissante, presque aussi archaïque que l'antique Triffet, mais elle ne peut, à elle seule, justifier cet engouement fluctuant.
Pour peupler les gradins sur la durée, une affiche exceptionnelle ne suffit pas. Elle ne représente, au mieux, qu'un shoot d'adrénaline.
Rendre l'impossible possible
Remplir un stade, occasionnellement, est finalement chose aisée. En revanche, écrire l'histoire, en triomphant lors d'une bataille épique ou en brandissant un trophée, marque les esprits et fidélise les générations. Il faut capitaliser sur le résultat, sur l’expérience.
Sur ce qui ne s'explique par aucun graphique, aucune statistique, aucune data : la magie du sport, celle qui rend l'impossible possible.
En 1998, en Coupe de Belgique, en dépit d'un revers aux tirs au but, la Royale Association Athlétique Louviéroise s'offrait une victoire morale contre le Standard de Liège, au terme d'une confrontation épique. Cette joute deviendra d'ailleurs le terreau d'une montée au sein de l'élite.
Que dire du succès de 2003, lorsque les troupes d'Ariël Jacobs étaient auréolées au stade Roi Baudouin, après un parcours retentissant dans cette même compétition ?
Ce triomphe est devenu générationnel, intergénérationnel, iconique. C'est avec ce souvenir éternel que des gamins ont grandi et traversé les âges, parfois sombres, sans jamais faillir malgré les échecs, les faillites, les fusions et les désillusions.
Pour La Louvière, le 31 octobre 2023 représente bien plus qu'un soir de gala.
Vaincre pour transcender
Vaincre l'ogre anderlechtois, dans la peau de l'outsider - un rôle qui convient finalement si bien aux Centraux, parce que représentatif de l’identité local - permettrait de capitaliser sur l'avenir et d’éveiller les passions, notamment chez les plus jeunes, chez les plus curieux.
Triompher des Mauves peut transcender La Louvière et ses environs pour des années.
Ce RAAL - Anderlecht de 2023 est destiné à remplacer le RAAL - Standard de 1998 dans la conscience collective. Il est temps d'actualiser l'histoire et d'en prendre conscience : les Loups ont le sort d'une région entre les pieds.
- Illustration : RAAL La Louvière
