La direction louviéroise a tranché : Edward Still est le successeur de Frédéric Taquin. L'ancien entraîneur de Charleroi, passé par Eupen, Courtrai, Anderlecht et Watford, devient le nouveau tacticien de l’Easi Arena.
La mission du néo-Loup s'annonce périlleuse. Plus périlleuse encore que celle qui attendait Frédéric Taquin à son arrivée au Tivoli en 2017. Au difficile exercice de maintenir une équipe dotée de l’un des plus faibles budgets de la Jupiler Pro League s’ajoute également la nécessité de gommer l’image d’éternel loser qui colle aujourd’hui à l’aîné de la fratrie Still.
Là où Will est parvenu à se distinguer en un court laps de temps – tant à Reims qu’à Lens ou Southampton – le frérot s’est presque grillé tout aussi vite. Après des débuts réussis au Mambourg, Edward a décliné. Depuis ses 55 matchs vécus auprès des Zèbres, Still a dirigé 42 autres rencontres depuis le petit banc. Résultat : 25 défaites, 12 partages et à peine 5 victoires.
Aucun succès depuis le 10 février 2023
Si l’on excepte les trois joutes remportées cette saison avec Watford en Championship, le dernier succès belge d’Edward Still remonte au 10 février 2023. C’était avec Eupen, face à Malines (2-1). Après son épisode chez les Pandas, il rejoindra Courtrai… sans parvenir à gagner le moindre match (ndlr : 6 défaites et 2 nuls avant d’être démis de ses fonctions, deux mois après ses débuts au Guldensporenstadion).
Les scores fleuves semblent aussi être une vieille habitude chez Still. Partout où il est passé, il en a collectionné. Ses deux derniers revers anglais (ndlr : 5-1 à Middlesbrough et 0-4 contre Coventry) font, entre autres, écho aux dérouillées subies contre Bruges avec Eupen (7-0), à l’Antwerp avec Courtrai (6-0) ou encore à Anderlecht et à l’Union avec Charleroi (4-0).
En dépit d’un bilan famélique (72 % de rencontres sans victoire en tant qu’entraîneur principal) et d’une instabilité permanente (quatrième club en un an), le natif de Braine-l’Alleud a été le premier choix de la direction louviéroise qui, interrogée sur le sujet avant l’officialisation, disait d’Edward Still qu’il avait "réalisé des résultats suffisamment probants" (sic).
À propos des datas
On a beau retourner les résultats dans tous les sens, on se surprend tout de même à constater que l’actuel citoyen thudinien a perdu plus de duels en tant qu’entraîneur principal (47 défaites en 97 matchs) que le club vert et blanc sur ses cinq dernières saisons (40 revers en 166 rencontres). À première vue, chacun analyse les datas comme bon lui semble.
Sur les réseaux sociaux, les avis sont unanimes. L’inquiétude est palpable. Plus préoccupant encore : ce ne sont pas uniquement les Louviérois qui paniquent. Les suiveurs d’autres écuries de l’élite s’étonnent eux aussi de cette nomination.
Le bénéfice du doute
Toutefois, à défaut d’incriminer Edward Still, il convient de lui accorder le bénéfice du doute. Il y a près d’une décennie, personne ne connaissait Fred Taquin non plus. Avant de rejoindre la tanière, le coach s’était forgé dans les divisions provinciales, franchissant les échelons un à un. Avec les résultats que l’on connaît.

En y regardant de plus près, on constate aussi que les meilleures performances d’Edward Still ont été forgées dans le Hainaut. Au Sporting de Charleroi, à une époque pas si lointaine, le Belgo-Anglais avait classé l’équipe du Pays Noir à la 6e place lors de l’exercice 2021-2022. Un classement final qui n’avait, exceptionnellement, pas été récompensé par une participation aux Champions Playoffs, limités à quatre équipes cette saison-là.
Un groupe qualitatif et l'héritage de Belhocine
En poussant l’analyse de ses résultats aux abords du boulevard Zoé Drion, on constate également que l’homme a bénéficié d’un groupe qualitatif (Gillet, Heymans, Ilaimaharitra, Marinos, Morioka, Nkuba ou encore Zorgane, pour ne citer qu’eux) et hérité du bon travail déjà fourni par Karim Belhocine, qui l’a justement accompagné en tant qu’adjoint en Angleterre. Avant de reformer la doublette à La Louvière ?

Il y a cinq ans, à l’aube des premiers pas d'Ed' Still en tant qu’entraîneur principal, Vincent Mannaert décelait en lui "un homme intelligent, passionné de football." L’actuel directeur technique de l’équipe nationale expliquait au Vif Sport : "C’est quelqu’un qui a un œil sur le détail, qui voit ce que d’autres ne voient pas."
"Edward voit le football d’une façon différente. Il place l’offensif au centre de ses principes"
Une description étoffée par Rudi Cossey, qui l’a côtoyé durant plus de deux ans à Bruges, puis à l’Antwerp. "Edward voit le football d’une façon différente. Il place l’offensif au centre de ses principes. À partir de là, il cherche les lacunes chez l’adversaire."
Néanmoins, après ses échecs successifs en tant que T1, la hype autour d’Edward Still s’est dissipée. Still n'a rien de la Rolls Royce du coaching. Sa nomination ressemble davantage à un pari qu’à une certitude. C'est là que réside le vrai risque pour la RAAL.

Depuis sa renaissance, le club louviérois s’est construit sur une identité forte, des choix cohérents et une certaine forme d’audace. En misant sur un entraîneur déjà fragilisé dans le paysage belge, les dirigeants prennent cette fois un chemin bien plus incertain. Or, au plus haut niveau, les projets différents ne survivent que lorsqu’ils continuent d'avoir raison avant les autres.
- Illustration : RAAL La Louvière

