On a causé foot, business et… religion avec Jérôme Vecchio

Je l'écrivais dernièrement : Centre Sports aurait pu voir le jour en 2020.

En relisant les articles rédigés à l'époque, je suis retombé sur un bel échange avec Jérôme Vecchio, éminent citoyen de la région, un temps impliqué dans le football local.

Plutôt que de laisser vieillir l'interview dans un tiroir, j'ai choisi de vous la ressortir.

Réalisée durant le premier confinement, elle reste néanmoins d'actualité sur les différentes thématiques abordées.

En outre, cette longue entrevue permet d'en apprendre davantage sur les expériences et les convictions de l'entrepreneur louviérois, qui a fraîchement été nommé à la présidence du Conseil de Développement du Cœur du Hainaut.

En 2019, Jérôme Vecchio est devenu le plus jeune président de la Chambre du Commerce et de l’Industrie du Hainaut. Cette nomination est venue pimenter le quotidien déjà bien agité de l’ancien boss de l'Entité Manageoise et de l'AS Morlanwelz.

Businessman établi à Manage, il est aujourd’hui à la tête de plusieurs sociétés industrielles, réparties sur les provinces de Liège et du Hainaut.

Entre 2015 et 2017, le Loup a endossé - avec succès d'ailleurs - la casquette de dirigeant sportif. D’abord à Manage en P1, puis à Morlanwelz en P3.

Attaché à sa culture et ses racines méditerranéennes, le chef d’entreprise est aussi très fier du Centre, sa terre natale.

Vous comprenez aisément pourquoi, même trois ans plus tard, cette interview trouve sa place sur Centre Sports.

Jérôme, rassurez-nous d’emblée : même si vous n’êtes plus actif dans le monde du football, gardez-vous encore un œil sur l’actualité des clubs de la région ?

Je suis toujours à l’affût des résultats de Manage et Morlanwelz. En tant que citoyen de La Louvière, je m’intéresse aussi aux prestations de la RAAL et de l’URLC. Cela dis, je dois bien admettre que lorsque j’ai un peu de temps, je préfère le consacrer à mon épouse et mon fils. Mon garçon s’est orienté vers la boxe. Du coup, dès que je le peux, j’assiste à ses combats.

La crise sanitaire a perturbé notre quotidien. Comment avez-vous vécu cette pandémie ?

Je n’ai été confiné que quelques jours. Je n’avais pas trop le choix : il était de mon devoir d’être présent aux côtés de mes équipes, sur le terrain. Toutes les mesures de sécurité nécessaires ont été prises. En dehors de l’aspect professionnel, ma famille, mes proches et moi avons heureusement été épargnés par le virus.

"Pour un petit gars de la région du Centre, il n’est pas évident de faire son trou dans le business liégeois"

Depuis plusieurs mois, vos activités professionnelles ne cessent de croître. Les 24 heures d’une journée vous suffisent-elles ?

Pas du tout ! J’ai énormément de mandats à assumer… mais je considère cela comme de belles opportunités. Je fais les choses à fond, en y mettant tout mon cœur. Il y a évidemment mon poste de président à la CCI Hainaut mais aussi mes activités industrielles où mon groupe s’est fortement élargi ces derniers temps. Nous avons choisi de racheter plusieurs de nos concurrents, principalement installés à Liège. C’est un aboutissement car, pour un petit gars de la région du Centre, il n’est pas évident de faire son trou dans le business liégeois.

Vraiment ?

Liège, c’est un microcosme. Depuis que j’y suis actif, je comprends mieux pourquoi on l’appelle la Principauté. Là-bas, je préfère rester discret sur mes origines louviéroises (rires). Cela dit, c’est une belle aventure. Comme je me plais à le dire : le cœur est dans le Hainaut, le business est à Liège.

"Si je dois un jour reprendre un club, ce serait en D1A ou en D1B : le marché du football professionnel est assez accessible en Belgique"

La question nous brûle les lèvres : Vecchio en tant que président de club, c’est définitivement terminé ?

Avec mon emploi du temps actuel, c’est inenvisageable. Mais le foot reste dans un coin de ma tête. Cependant, ce ne serait plus au niveau amateur, comme je l'ai fait à Manage ou Morlanwelz. Si je dois un jour reprendre un club, ce serait en D1A ou en D1B. Le marché du football professionnel belge est assez accessible financièrement. Mais c’est loin d’être ma priorité actuelle.

A l’époque, vous étiez proche d’un rachat de La Louvière Centre, alors aux mains d’Huseyin Kazançi. En tant que Loup, seriez-vous encore tenté d’investir à l’URLC ou à la RAAL ?

J’ai des connaissances dans les deux camps. Je ne trouve pas correct de m’impliquer pour l’un plus que pour l’autre. Du coup, je préfère rester un simple spectateur. Quand je me rends au Tivoli pour voir la RAAL ou l’URLC, j’y vais uniquement pour passer un bon moment, vivre une belle soirée de football. Ça me suffit amplement.

Quels souvenirs gardez-vous de vos deux saisons en tant que président de club, aussi bien à Manage qu’à Morlanwelz ?

J’ai eu la chance de connaître deux titres de champions en autant de saison, dans deux clubs différents. Hormis l’aspect sportif, ce qui m’a plus marqué, c’est la chaleur et la ferveur des bénévoles qui donnent tout pour maintenir leur club à flot. Le football est magique car il représente la vraie vie. Il intègre et mélange toutes les classes sociales, sans aucune distinction. En deux ans de présidence, j’ai grandi auprès de personnes passionnées et sincères.

Pourtant, notre football est loin d’être parfait…

Comme partout, il y a des personnes néfastes qui gravitent dans cet univers. D’une manière générale, j’ai aussi constaté beaucoup de jalousie dans notre région. Sous prétexte qu’un club soit champion ou se dote de plus de moyens, il devrait offrir des privilèges à des formations voisines. Pourtant, quand il s’agit de se mettre autour de la table pour discuter, travailler et investir ensemble dans des intérêts communs, comme l’épanouissement des jeunes footballeurs, il n’y a plus personne. C’est assez désolant.

D’après vous, pourquoi en arrive-t-on là ?

L’argent reste le nerf de la guerre. Les moyens de nos clubs sont limités et dépendent parfois des investissements des communes qui sont, pour la plupart, soumises à un plan de gestion (CRAC). Difficile, dans ces conditions, d’envisager une politique sportive ou culturelle pour les associations d’une entité si les communes elles-mêmes éprouvent déjà des difficultés pour boucler leur budget.

"Il y a de la jalousie chez nous (...) Les clubs locaux qui choisissent d'investir dans leurs infrastructures sont perçus comme les fossoyeurs de la région"

Bien plus que les équipes premières, ce sont souvent les jeunes qui trinquent…

En Wallonie, ça prend des années pour voir un terrain synthétique sortir de terre. Pourtant, c’est devenu un outil essentiel à la formation des jeunes. De l’autre côté de la frontière linguistique, même des clubs de P2 ou P3 se dotent de telles infrastructures. Dans le Centre, c’est encore trop rare. Paradoxalement, les clubs locaux qui choisissent d’investir dans leurs infrastructures sont perçus comme des fossoyeurs dans la région. C’est le serpent qui se mord la queue.

Pour conclure en toute légèreté, lors de la préparation de cette interview, on a découvert que vous étiez président d’une fabrique d’église ! Dites-nous tout.

Je suis président de la fabrique d’église de mon village, Saint-Vaast. Que les choses soient claires : je n’ai aucune responsabilité au niveau du culte. Je joue plutôt un rôle de chef d’orchestre, avec la gestion du personnel, des travaux, etc. Depuis mon enfance, je suis proche du catholicisme. Quand j’ai été contacté pour ce poste, je me suis dit que mon expérience pouvait être bénéfique pour l’église du village. Je me suis lancé, sans hésiter.

Du business à la culture en passant par le football et le culte, vous avez un pied dans tous les domaines, avec une opinion bien tranchée. Avez-vous déjà envisagé de faire carrière en politique ?

Malgré mes nombreux mandats, je n’ai pas de couleur politique. À mon sens, c’est une force. S’engager dans ce secteur peut vite devenir réducteur. Votre nom peut rapidement se limiter à une couleur, à un parti. Cela ne m’empêche cependant pas de défendre mes idées, de côtoyer des élus. Néanmoins, en tant que citoyen, la liberté d’action me paraît bien plus large.


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