"Je m'en vais !" Cette phrase, depuis qu'il est délégué du matricule 213, Giovanni Fois l'a prononcée des dizaines de fois. Si bien qu'elle finissait par résonner sans écho, tant on savait l'homme attaché à ses couleurs, incapable d'une telle décision.
Et puis, la nouvelle est tombée comme ça, sur les réseaux sociaux : "La décision a été difficile (...) Je ne serai plus délégué de l'URLC. Je remercie Fred, Chris, Claudio, etc. Je souhaite le meilleur à La Louvière Centre", a-t-il écrit, en substance, sur son profil Facebook.
On a d'abord cru au coup de sang, au pétard mouillé, à l'habituel départ mort-né. Et puis, l'Union Royale La Louvière Centre a officiellement intronisé Hugues Aiello, en tant que successeur de Giovanni.
L'un des derniers fidèles de l'URS Centre s'envole vers d'autres horizons, éloignés des terrains mais rapprochés de la famille. Il s'est livré, avec le ton qu'on lui connaît, au cours d'un riche entretien pour Centre Sports.
Giova, une fois pour toutes, cette décision est-elle définitive ?
C'est vrai, je l'ai souvent répété à tort (rires) mais... cette fois, c'est la bonne. J'ai informé Claudio Donisi (ndlr : directeur général de La Louvière Centre) dès le mois de janvier. Il a, lui aussi, pensé que c'était une énième annonce sans lendemain. Sauf que cette fois, c'est définitif.
Pourquoi as-tu décidé de rendre ton tablier ?
Ca reste difficile à accepter. Toujours est-il que je suis fatigué. La santé ne me permet plus d'assurer la fonction qui était la mienne. Je n'ai pas été épargné par le Covid. J'ai également d'autres ennuis physiques, aux pieds notamment. Et puis, dans la foulée, je suis devenu grand-père. Je vois les choses différemment, même si je reste attaché à ce club qui représente toute ma vie.
Plus qu'un simple délégué, tu étais devenu un homme à tout faire...
C'est vrai aussi. J'ai assumé de nombreuses responsabilités. Au fil des années, mes acolytes sont partis et n'ont pas été remplacés. Au final, je me suis retrouvé seul à assumer un trop grand nombre de tâches. Je me suis toujours montré dévoué mais, avec le temps, on ne perçoit plus les choses de la même manière.
Que doit-on en déduire ?
J'aime les gens. J'adore rendre service. J'ai grandi dans le respect, avec des valeurs. Sauf que tout se perd. Quand on donne autant de sa personne pour mettre des joueurs dans de bonnes dispositions et qu'il n'y a pas le moindre "bonjour" en retour, c'est frustrant. À 60 ans, il est temps de prendre du temps pour moi, pour mes proches.
"Certains dirigeants m’ont un peu dégoûté mais le matricule 213 est toujours là, debout, vivant : c’est le principal"
Ces dernières années éprouvantes ont-elles eu raison de l'inépuisable Giova ?
Ca n'a pas été facile. Ca m'a miné. Certains dirigeants m'ont un peu dégoûté mais le matricule 213 est toujours là, debout, vivant : c'est le principal. Le club est en reconstruction. Je salue Chris Luhaka et Fred Salem pour leur implication et tout ce qu'ils font, dans l'ombre, pour redresser la barre. Ils vont encore faire du bon boulot, j'en suis convaincu.
Ton successeur est prévenu : il va y avoir du travail !
Le club ne va pas être livré à lui-même. À Dienne comme au Tivoli, je me tiens prêt s'il y a besoin de conseils ou de coups de main. Je ne pars pas en laissant tout à l'abandon. Je vais assurer la transition avec Hugues Aiello, mon remplaçant.
À l'heure de faire tes cartons, quel souvenir aimerais-tu dépoussiérer ?
Mon plus beau souvenir, c'est la montée de P1 en Promotion avec Raphaël Zarbo et Piero Rizzo ! Je me souviens avoir fêté le titre jusqu'à sept heures du matin. Le pire, c'est que nous n'étions pas la meilleure équipe. Cette saison-là, Couillet était destinée à s'emparer du titre mais nous avons, avec un groupe exceptionnel, arraché la première place. La force de cette Union du Centre, c'était le collectif. Il n'était pas rare qu'on file en boîte, les jeudis après l'entraînement. Ca a créé une cohésion et de fabuleux souvenirs.
En tant que délégué, dans l'intimité du vestiaire, quel entraîneur t'a marqué ?
Thierry Pister. J'ai beaucoup appris à ses côtés. Il était professionnel, ne laissait rien aux hasards. Le moindre détail était scruté : des terrains aux rangements des vestiaires. Avec lui, la notion de staff prenait tout son sens. Je peux aussi citer Fred Breinich, Jean-Louis D'Achille ou encore Xavier Robert. À la fois de bons entraîneurs mais aussi de grands hommes.
"L'URS Centre a perdu son identité au Tivoli. Je serais le plus heureux des hommes si l'Union du Centre renaissait en rouge et bleu, à Dienne"
À l'inverse, quelle est ta plus grande déception ?
Le déménagement du matricule 213, d'Haine-Saint-Pierre vers La Louvière. Je suis un Pierrot. À l'époque, je voulais déjà tout plaquer. C'est le président Murat Tacal qui m'a convaincu de rester. L'URS Centre a perdu son identité en rejoignant le Tivoli. Ce changement de cap n'a pas été bien amené. La preuve : il n'y a presque plus de Pierrots qui supportent l'URLC. Je serais le plus heureux des hommes si, dès demain, l'Union du Centre renaissait en rouge et bleu, à Raymond Dienne.
Et maintenant Giova, que vas-tu faire ?
Prendre soin de moi, ma famille, de ma petite fille, des gens que j'aime. J'ai des amis dans tous les clubs. Je vais reprendre du plaisir à les retrouver, à aller voir des matchs par-ci, par-là. Je souhaite le meilleur à toutes les formations de la région du Centre. Mais, soyez-en assurés : je resterai, toute ma vie un Pierrot et le premier supporter du matricule 213.
- Illustration : Patrick Ferriol
